Le vendredi 12 juin, Anthropic annonce via un communiqué de presse, la restriction soudaine aux citoyens non-américains. Dirigé par Dario Amodei, l’entreprise avoir agit ainsi sur ordre du gouvernement américain en raison de craintes liées à la sécurité nationale des États-Unis.

Visiblement ces craintes seraient issues d’un appel fait par Andy Jassy, CEO d’Amazon qui a pointé le risque posé par le modèle Fable 5 en termes de cybersécurité. Cette annonce a crée de nombreux échanges et met le doigt sur un sujet majeur : la souveraineté de l’IA. En effet, Même si vous êtes un citoyen américain vivant en Europe, vous ne pouvez pas accéder à Fable 5. Inversement, un expatrié européen vivant aux États-Unis.

Les origines de Fable 5

Tout avait si bien commencé pour Anthropic, l’entreprise venait de développer une nouveau produit d’IA générative pour compléter leur offre existante. Baptisé Mythos, le modèle performait étonnamment bien sur les domaines de la recherche biologique et la cybersécurité. Pourtant, il n’a pas été conçu spécifiquement pour ces expertises mais plutôt pour répondre généralement à toute question. Anthropic a considéré ses performances surprenantes comme des effets secondaires.

Rappelant que l’objectif principal d’Anthropic est de concevoir une IA de confiance, l’entreprise américaine a choisit de réserver Mythos seulement à des partenaires de confiance. Elle cite les risques que les capacités de Mythos peuvent être utilisés à des fins malveillantes pour le public. Quelques mois plus tard, Anthropic déploie finalement Fable 5 le 9 juin, une sorte de version bridée de Mythos qui cette fois, est accessible au public.

Les tests fait par la communauté IA ont confirmé les performances de Fable 5. Ces derniers décrivent le modèle comme étant 10 % plus performant qu’Opus 4.8 jusqu’ici considéré par tous comme étant le modèle le plus puissant.

… 3 jours plus tard, la restriction surprise

Le 12 juin, un message apparaît sur la fenêtre principal de Claude : “Fable 5 es indisponible”. Pas de raison mentionné, il faut trouver l’explication ailleurs. Les États-Unis se sont montrés inquiets que Fable 5 pouvait être détourné pour retrouver des informations servant d’accéder à des informations classifiés.

Dans son communiqué de presse, Anthropic se défend et explique que ces craintes ont été prises en compte et qu’elles ont corrigés depuis. Pas de quoi convaincre le gouvernement américain qui n’a pas changé d’avis depuis, plus de 3 semaines après la fermeture. Plus étonnant encore, les employés non-américains d’Anthropic qui ont participé au développement de Fable 5 n’y ont plus accès non plus.

Pourquoi ça expose les limites de l’Europe ?

Au lendemain de la restriction, l’Europe est très vite monté au créneau. L’Union Européenne a émis la demande de remettre en état de marche l’accessibilité à tout citoyen au modèle. Elle se montre guère convaincu par les justifications présentées par le gouvernement américain. Elle y voit avant tout, une manœuvre contraire aux règles du commerce.

Cela révèle avant tout une réalité inconfortable : l’Europe est technologiquement dépendante des États-Unis, et plus particulièrement des géants de la tech. Si demain, l’un d’eux décide de fermer l’accès à ses services unilatéralement, le Vieux Continent n’aurait que peu de recours.

De plus, L’Europe a beau disposer du cadre réglementaire sur l’IA le plus abouti au monde avec l’AI Act, elle reste dépendante de fournisseurs de modèles étrangers, d’infrastructures cloud étrangères et de chaînes d’approvisionnement en matériel étranger. Une décision soudaine des États-Unis restreignant l’accès a montré à quelle vitesse cette dépendance peut devenir un handicap.

Les dirigeants européens s’inquiètent de plus en plus que cette dépendance vis-à-vis de technologies étrangères puisse être une arme contre les Européens. La fermeture a relancé les appels à travers l’Europe en faveur d’une « IA souveraine » : l’idée que les États devraient contrôler les modèles, les infrastructures de calcul et les données qui sous-tendent la technologie, plutôt que de dépendre de systèmes qu’un gouvernement étranger peut restreindre ou retirer à tout moment.